L'appel du gouffre : Partie II
« Et regarde ce que tu as fait »dit finalement le chauffeur dans un souffle las sans détourner le regards de la route qui défilait à présent dans une allée sombre bordée de platanes. Il se recroquevilla un peu plus sur lui même, évidemment cet échec avait été de trop en une sens il n’avais pas pu le supporté et avait préféré s’enfuir à travers le froid de la nuit.Il avait envie de hurler, de lui crier que ce n’étais pas sa faute mais il ne parvint qu’a laisser échapper dans un murmure inaudible « Qu’est ce que j’aurais pu faire ?… ». Il vit la main les yeux du conducteur passer sur lui et se froncer pendant qu’il étendait sa main sur le levier de vitesse, dans un soubresaut le car accéléra. « Crois-tu que tu ais pris la bonne décision quoi qu’il en soit ? ».Ces questions le dérangeait…Evidemment qu’il n’avais pas fait le bon choix mais pour lui plus rien n’avais d’importance à présent, son corps se remit à bouillonner comme s’il essayait de résister au froid qui l’engourdissait dangereusement, il sentait qu’il fourmillait de rage, celle qui lui avait manqué, celle que la mélancolie avait réussi à annihiler. Le conducteur repris de sa même voix chaude et monocorde « Tu n’es qu’un idiot, tu sais qu’elle t’aimais elle aussi ? ». Ses questions n’attendaient pas de réponses, il eu le sentiment qu’elles servaient juste à provoquer le sentiment de colère froide qu’il sentait monter en lui à chaque fois que les paroles de cet homme le confrontaient à la réalité. Il tenta de se rassoir correctement sur son siège mais il ne parvint pas à étendre ses jambes au maximum et laissa échapper un petit cri de douleur. Il fut surpris par sa propre voix qui lui sembla plus rauque et caverneuse qu’a l’accoutumée, il s’assit pourtant, les bras toujours croisés sur sa poitrine et les articulations douloureuses, le froid lui donnait la sensation qu’elles se briseraient si il tentait à nouveaux de faire un effort comme celui là. La douleur lui avait rappelé qu’il était en vie malgré tout. Un sourire passa sur le visage du conducteur, il remarqua que ces yeux étaient d’un bleu d’une profondeur surréaliste, il ne l’avait pas remarqué avant, pendant quelques longues minutes il fut hypnotisé, un dos d’âne lui fit soudain prendre conscience que le froid commençait à l’engourdir de nouveau, il remarqua que le car filait à travers la nuit à une vitesse telle que les arbres semblaient se fondre en une masse informe et former un mur infranchissable. Le sourire ne s’était pas effacé du visage du conducteur mais s’était métamorphosé en un rictus qui semblait mêler compassion et moqueries. Il pensa qu’il voulait l’apaiser, ou alors qu’il se délectait des expressions qu’il laissait transparaître sur son visage. « Souviens toi de la chaleur de ses baisers » lui dit il alors, il lui semblait avoir décelé une pointe d’amusement dans sa voix, mais son regards d’une profondeur surréaliste pesait toujours sur lui. Il se souvint alors, une déchirure se produisit dans son cœur, tout au fond de lui il sentit son corps s’emplir d’une essence nouvelle, la douleur avait pris une autre forme, il décroisa les bras et agrippa ses cheveux de ses mains calleuses que le froid avait durci. Cette fois la douleur parvint à mettre le feu à la substance nouvelle de son corps et alluma une lumière vacillante dans ses yeux rougis. Comme si le sang affluait de nouveau dans toutes les parties de son corps, il sentit son cerveau s’agiter d’un sursaut, « qu’est ce que je fais ici ? ».Il avait pensé à haute voix. La voix qui lui répondit lui paru venue d’outre-tombe « Tu commence à prendre conscience, peut être te pardonnera-t-elle... » lui répondit-elle. A présent que la vie avait violemment possession de lui le froid qui le transperçait de part en part déchirait chaque pores de sa peau d’une façon insupportable. Il se releva. Il pris son visage dans ses mains, ses jambes semblaient ne pas avoir la force de le soutenir ses articulations semblaient grincer à chacun des tremblement qui agitaient son corps gelé. Au moment ou il cru qu’il allait succomber et se laisser tomber de nouveaux sur son siège, il sentit l’odeur de son parfum sur ses mains. Il fallait qu’il la retrouve, qu’il se batte, il posa le pied dans l’allée centrale, chaque mouvement lui coutait des souffrances déchirantes, il remarqua qu’une brume blanchâtre avait commencé à flotter dans le car, une poussière qui ne se déposait sur rien, le chauffeur était presque entièrement dissimulé à l’intérieur de ses volutes et semblait perdre consistance. Au dehors la lune elle aussi parraissait s’être ravivée et diffusait une lumière crue qui se réfléchissait sur la route et l’aveuglait, il mit sa main pour se proteger de la lumière. Il parcouru les quelques mètres qui le séparait des escaliers et se retrouva de nouveau tout près du chauffeur, à travers les méandres de fumée nacrée qui semblait émaner de lui il ne pu distinguer que deux yeux bleu le fixant gravement. La main du conducteur émergea des profondeurs et un doigt fin appuya sur le bouton de l’ouverture des portes. Un vent glacial pénétra dans le car. « Tu peux t’en aller, elle t’attends ». Il vit alors qu’un sang rouge s’étais mis à couler le long de son avant bras bleui par le froid. La lumière crue venait de révéler les cicatrices qui striaient le bas de son poignet. Un cri déchira l’espace « SORS ! », il lui fit le même effet qu’un coup de poing, son pied chercha la marche de l’escalier mais il ne trouva que du vide, lentement il bascula, il ne parvins qu’a s’accrocher au regards bleu qui le fixais toujours. A présent tout était blanc autour de lui, le froid le mordait toujours mais à présent il savais que tout irais bien. Les deux yeux bleu le fixaient toujours, dans un flash aveuglant il ferma les yeux soufflant la flamme qui les habitait.
